AccueilInitiativesLuttesSoutien à l’homme qui n’aimait pas les avions

Pierre Emmanuel NEUROHR, « l’homme qui n’aimait pas les avions », est en prison depuis plus d’un mois, sur les ordres d’un juge d’instruction, le temps de mener des investigations sur sa cinquième et dernière intrusion sur le tarmac de Roissy.

 

PE. Neurohr face à un avion

Depuis le mois de juin, il est passé 5 fois à l’action. Toujours le même mode opératoire : Pierre Emmanuel coupe un maigre grillage, s’introduit sur le tarmac, et attend qu’un avion ait fait le plein de passager pour se positionner devant lui, les bras écartés, afin de l’empêcher de gagner la piste de décollage. La « machine-avion » est pour Pierre Emmanuel une aberration anachronique au regard de son rôle dans l’immense perturbation climatique qui vient. Je ne défends pas sa position, il le fait très bien tout seul. Il explique d’autre part son geste par une impossibilité de ne rien faire, un impératif personnel qui le pousse, lui, tout seul, sans banderole, à agir, même si son geste est minuscule au regard des milliers d’avions qui décollent chaque jour. Ses premières actions sont passées inaperçues, il n’avait prévenu aucun journaliste, mais quelques uns ont fini par s’y intéresser et par « médiatiser » ses dernières actions.

Jusqu’ici, il n’a jamais été condamné à une peine de prison par une juridiction de jugement. Il a toujours écopé de sursis et d’amendes. Il a été jugé 3 fois entre la mi-juin et la mi-septembre, et n’a jamais été condamné à une peine de prison ferme. Le juge d’instruction, qui n’est pas une juridiction de jugement, le maintient cependant  en détention dans l’attente de la fin d’une instruction ouverte au sujet de la dernière intrusion alors que les faits sont, comme d’habitude, d’une simplicité extrême et d’une gravité incroyablement faible : aucun avion n’a décollé avec plus de 5 minutes de retard. Seul un grillage aussi épais que celui de mon jardin a souffert.

Bref, Pierre-Emmanuel, dont les actes peuvent être débattus et décortiqués tant qu’on veut, et sur lequel on peut lire plein de choses, est néanmoins aujourd’hui seul à la prison de la Santé. Il vit dans une cellule de 12m2, équipé d’un toilette sans porte mais avec muret, qu’il partage avec trois autres co-détenus. Je ne vais pas vous décrire les conditions d’incarcération à la française, l’information est largement disponible à ce sujet. Pierre-Emmanuel ne reçoit de visite que celle de son avocat parce que les autres permis de visite n’ont pas été délivrés. Il n’a donc pas de parloir, ce qui est très rare et particulièrement difficile à vivre.

Deux demandes de mise en liberté ont été rejetées. Plus d’un mois, c’est long, surtout sans parloir.

Il a commencé il y a quelques jours une grève de la faim.

Il n’y a pas grand chose à faire, mais il est évident que quand on est isolé en prison, recevoir des courriers, ça réconforte. Plusieurs personnes se sont proposé de lui écrire, même s’ils ne le connaissent pas. Je le fais moi même. Un peu de soutien, quelques mots qui lui disent que des gens libres et sensibles pensent à lui et à son engagement.

Ceux qui veulent lui écrire peuvent demander l’adresse en envoyant un mail à soutien.neurohr@gmail.com

Une anonyme

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Plus d’infos : « Je commence une grève de la faim » et Pierre-Emmanuel Neurohr est passé devant le tribunal sur reporterre.net.


Commentaire

Soutien à l’homme qui n’aimait pas les avions — 2 commentaires

  1. Paris, le 8 novembre 2012.

    Bonjour,

    Après deux mois d’emprisonnement, je suis sorti de la prison de la Santé hier soir. Ça a été très dur, j’ai pleuré, je me suis fait humilier, je suis passé à deux reprises très près du tabassage en règle, sans parler du niveau de violence « normal » (1). Le premier mot qui vient à l’esprit, c’est « atroce », et à peine j’ai dit cela, j’ai honte. Durant ma détention, j’ai lu des livres d’Histoire où il était question de prisonniers à la Santé… il y a 70 ans, et quand la porte s’ouvrait pour eux, c’était la Gestapo. Tout est relatif, quelque part.

    Je savais – à peu près ! – ce que je risquais, en bloquant une cinquième fois un avion au Centre de destruction du climat Charles-de-Gaulle. Mais si vous acceptez de laisser de côté votre instinct grégaire, si vous réfléchissez en femme libre, en homme libre, la raison vous amène à une conclusion devenue aujourd’hui évidente : la destruction du climat de la terre aura pour conséquence un génocide.

    Il ne s’agit pas d’un slogan, d’une figure de style, mais d’une réalité monstrueuse. Et on ne parle pas de 2100, ou même de 2050, mais de régions entières du monde en situation de sécheresse quasi-permanente dans à peine une quinzaine d’années, en 2030 (2). Or, il faut réfléchir en termes de « trajectoire ». Il ne sera plus possible de faire quoi que ce soit en 2029. Pour éviter cela, il faut changer de trajectoire aujourd’hui.

    La machine appelée « avion » est, d’un point de vue scientifique, un très bon test pour notre société, qui se dit tellement préoccupée par l’environnement. L’utilisation de cette machine vous fait dépasser votre quota annuel de CO2 en quelques heures (3). Toute personne rationnelle comprend qu’il faut donc l’interdire, surtout si l’on prend en compte le fait que la destruction du climat aurait pour conséquence un génocide, à court terme (15 ans, ce n’est rien).

    Pour ce qui me concerne, maintenant que je suis sorti de prison, je voudrais :
    • Clore les différentes procédures judiciaires dont je fais l’objet. Cela consistera, entre autres, à expliquer à ma juge d’instruction qu’il existe une différence entre les attentats du 11 septembre d’une part, et un citoyen qui se met pacifiquement devant un avion, d’autre part. Oui, je sais, la différence est très subtile. Et vu la manière dont elle m’a traité jusqu’à présent, ce n’est pas gagné d’avance (4).
    • Ecrire un livre, car en 2012, nous disposons de tous les détails scientifiques prouvant que la destruction du climat de la terre provoquera un génocide.
    • Enfin, je souhaite me battre avec des femmes et des hommes lucides, qui comprennent la gravité de ce qui est en train de se passer sous nos yeux, en prenant exemple sur le courage de nos aînés en d’autres circonstances, toutes choses étant égales par ailleurs (5).

    Le militantisme écologique des 50 dernières années a fait les preuves de son inefficacité. Et les mesurettes proposées aujourd’hui par la plupart des « écologistes » sont en complet décalage avec ce que la science nous apprend de l’état de notre planète.

    Je crois que, malheureusement, étant donné le niveau de folie criminelle qui caractérise le système idéologique du « toujours plus », il faut désormais nous « battre » – dans le plus strict respect du principe de non-violence.

    Amicalement.

    Pierre-Emmanuel Neurohr

    PS 1 : pour me joindre par téléphone, envoyez-moi un mail avec votre numéro, et je vous rappelle. Je n’ai toujours pas de « portable », et n’ai pas l’intention d’en acheter un !

    PS 2 : je remercie toutes celles et tous ceux qui m’ont soutenu par divers moyens, merci aussi à mes avocats, Alexandre Faro et Muriel Ruef, ainsi que mes amis, ma famille, et mon amie.

    (1) Je tiens à préciser que le personnel pénitentiaire, à part des exceptions mineures, se comporte avec les prisonniers de manière professionnelle et même, on peut le dire, gentille. Il ne s’agit pas ici d’une variante du syndrome de Stockholm, mais de faits. Le problème quotidien, le danger quotidien, c’est la violence à peine croyable de certains détenus.
    (2) Drought under global warming: a review, Aiguo Dai, WIREs Climate Change, 2010. Voir également http://parti-de-la-resistance.fr/?p=369
    (3) http://parti-de-la-resistance.fr/?p=1258
    (4) Si vous voulez participer aux importants frais de justice, envoyez un chèque libellé au nom de Pierre-Emmanuel Neurohr, 5 rue du Château d’eau, 57370 Phalsbourg.
    (5) Il manque, dans cette liste, les choses les plus importantes : aller redanser le tango avec mon amie, boire du Gewürztraminer, faire un footing dans ma forêt d’Alsace, prendre un chocolat chaud à la terrasse d’un café de Paris… Après deux mois à la prison de la Santé, beaucoup de choses « normales » semblent miraculeusement belles.


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